Le Prix Sade 2007 a été remis à la Galerie Léo Scheer (Paris VII) le jeudi 29 novembre. Etaient en sélection :
- Jacques Chessex, Le vampire de Ropraz, Grasset
- Dennis Cooper, Salopes, POL
- Pedro Juan Gutierrez, Le nid du serpent, Albin Michel
- Alex Jestaire, Tourville, Diable vauvert
- Bernard Joubert, Dictionnaire des livres et journaux interdits, Le Cercle de la librairie
- Thomas Jonigk, Quarante jours, Verdier
- Caroline Lamarche et Charlotte Mollet, La Barbière, Presses Nouvelles
- Heather Lewis, Attention, POL
- Alain Robbe-Grillet, Un roman sentimental, Fayard
- Boris Terk, De l’incision, URDLA
- Michal Witkowski, Lubiewo, Editions de l’Olivier
Sous l'égide de Lionel Aracil, le jury était constitué de Catherine Millet, Jean Streff, Pierre Bourgeade, Frédéric Beigbeder, Catherine Robe-Grillet, Catherine Breillat, Marcela Iacub et Emmanuel Pierrat.
Sur le lien cliquable ci-dessous, un compte-rendu de l'évènement par Teletourville.
http://www.dailymotion.com/alexjestaire/video/x5whsn_tourville-au-prix-sade-2007_creation
Un grand merci à l'ami Jorge Amat (réalisateur du film "Jestaire mange sa bite") pour avoir assisté le tournage de ce docu.
Voici, en appendice, le texte que j'avais adressé aux membres du jury pour leur présenter "Tourville":
"Tourville", premier roman de l'avignonnais Alex D. Jestaire paru au Diable Vauvert en septembre deux mille sept, n'entend rien de moins que mettre une ville de province en bouteille. Selon l'auteur il s'agissait, dans ce pavé romanesque de presque huit cent pages, de "circoncrire le concept même de ville, pour l'isoler, le placer dans un four (Athanor des alchimistes), pousser le feu au maximum et l'observer devenir incandescent..."
Il est à noter que "Tourville" est une variation - pastorale puis symphonique - sur le thème des "Cent Vingt Journées de Sodome" de Donatien Alphonse François. La structure du roman est empruntée à l'oeuvre du Marquis, puisqu'il y figure trois cycles, qui sont aussi trois saisons: "la Baise", "la Merde" et "le Sang". L'intrigue générale du roman s'inspire également de la machine de Sade, puisqu'il y a, là aussi, incarcération d'un nombre donné d'hommes et de femmes dans un château (et à plus large échelle toute une ville) - personnes qui seront abusées, humiliées et massacrées de manière baroque, méthodique et irréversible.
L'objectif du Marquis, embastillé et priapique, lorsqu'il écrivait les "Cent Vingt Journées", était certainement de nier Dieu d'une manière plus marquante et définitive que dans "Justine" ou le "Boudoir". Il s'agissait bien, pour lui, d'assassiner l'idée même de Dieu, grâce à une démonstration relevant à la fois du littéraire, du poétique, du logique et du mathématique. En cela, les "Cent Vingt Journées" semble d'ailleurs être l'exact miroir inversé de "l'Ethique" de Spinoza... Ce forfait accompli, c'est un siècle plus tard qu'à la manière d'un Hercule Poirot, Nietzsche découvrira le divin cadavre et fera s'écrier à son Zarathoustra "grande nouvelle !" Un peu plus tard, l'écrivain californien Philip K. Dick fumera la fameuse Barbelith - ce champignon hallucinogène récolté sur la dépouille en putréfaction du Démiurge.
Dieu n'étant plus à tuer, c'est donc à la modernité que s'en prend aujourd'hui Alex D. Jestaire dans "Tourville". Dans ce bûcher des vanités apocalyptique, projection sans concession des névroses de notre époque, ce sont la science, le progrès, le spectacle, le consumérisme, le porno et la psychanalyse qui en prennent pour leur grade. Bilan d'une civilisation "sans issue", comme le posait Bret Easton Ellis en clôture de "American Psycho", "Tourville" ne fait pas que rendre hommage ou parodier le Divin Marquis - Jestaire a bel et bien repris à son compte la folle mécanique de Sade pour l'infliger aux parents et aux enfants de la génération Starac. Pas étonnant, dans ces conditions, que ce roman ait quelques difficultés à trouver un public. Y aurait-il réellement, dans ces sept cent soixante dix sept pages cryptées à l'écriture exagérément fumiste, quelque éclair de vérité trop effrayant à voir pour un public d'abord massivement gavé de Harry Potter ?
Olivier Delcroix, dans le Figaro, a parlé d'un "fruit psychédélique ..."Tourville" est ce fruit, chers amis du Prix de Sade, et je vous invite à croquer dedans - car il est connu que tout ce qui ne vous tuera pas vous rendra plus fort. Croyez-moi:
"I've got the poison,
"I've got the remedy -
"I've got the pulsating
"Rythmical remedy."
(The Prodigy)

















Ben mon cochon !
Ca va faire très cirage de pompes, mais ma loutte, le texte ci-dessus est AB-SO-LU-MENT grandiose. C'est d'une concision et d'un talent dans l'écriture qui me laissent encore plus qu'admiratif. Et t'étais déjà bien haut ma loutte.
Est-ce qu'on peut encore faire des commentaires sur Tourville après ça ? Moi, perso, je me sens tout petit et même un peu piteux.
(en plus, je suis passé à coté de la référence Barbelith. J'imagine qu'elle provient de la transmigration de Timothy Archer ?)
Sources
Yo Remibug. La référence à la Barbelith ne vient pas, en réalité, de chez Dick, mais de l'une des meilleures séries de comics jamais écrites: "Les Invisibles", de Grant Morrison - qui ont été traduits intégralement (il me semble) en français.
Chose amusante, dans son article du Figaro (http://img165.imageshack.us/my.php?image=articlefigaro3007sfxek2.jpg), Olivier Delcroix explique que le terme "Barbelith" est tiré de "SIVA" de Phil Dick , ce dont je n'étais pas conscient (je n'ai pas relu "Siva" depuis longtemps, et la dernière fois ça m'avait un peu pété les couilles - trop chrétien).
Dans les Invisibles, la Barbelith est bien une sorte de fungus hallucinogène bleuté, qui pousse dans les égouts, et que consomme Tom O'Bedlam, le clochard illuminé en charge de l'éducation karmique de Dave Mc Gowan, jeune punk des cités HLM et future incarnation de Bouddha.
Du même auteur, je ne peux que vous recommander vivement la lecture de "The Filth", qui paraissait pendant que j'écrivais le roman, et dans lequel il y a beaucoup de résonnances avec "Tourville" (notamment un avatar du Belge, beaucoup de porno et d'apocalypse). Je ne sais pas si "The Filth" a été traduit. Dans tous les cas, c'est un CHEF D'OEUVRE.
Dernière révélation: la "dépouille du Démiurge", située dans le "Premier Dominion", et sur laquelle pousse la Barbeulite, est une vision qui m'a été directement inspirée par le très beau roman picaresque de Clive Barker: "Imajica".
Voilà. Fin des "révélations".
C'est jamais trop bon de citer ses sources quand on écrit.
Surtout une, d'ailleurs :
A plousse.
Citations
Ton premier chapitre concernant l'Athanor et cette situation expérimentale de "ville en bouteille" m'ont fait penser à deux citations qui définissent comme tu le fais la démarche fondamentale propre à la Science-Fiction.
"L’intérêt de la science-fiction provient de ce qu’elle isole quasi expérimentalement une variable dont elle tire le maximum de conséquences logiques ou psychologiques."
Didier Anzieu (psychanalyste, le moi-peau)
"L’événement dans lequel l’histoire puise son intérêt ne présente pas les désavantages qui s’attachent aux simples récits traitant de fantômes et de magie. Il s’est imposé à moi par la nouveauté des situations auxquelles il pouvait donner lieu car, bien que constituant physiquement une impossibilité, il offrait à l’imagination l’occasion de cerner les passions humaines avec plus de compréhension et d’autorité que l’on ne pourrait le faire en se contentant de relater des faits strictement vraisemblables."
Mary Shelley (Frankenstein)
J'avais envie de partager ça avec vous.
Shame on them
C'est honteux, t'aurais dû l'avoir. Bouuuuuuuuu Bouuuuuuuu les jurés, qu'ils sont vilains.
bof
t'en fais pas gars. C'est un peu trop paillette pour toi. Millet, Beigbeider, Breillat? Allez, allez, c'est à peu près aussi cutting edge que pour un chef de recevoir son prix des mains de Ronald McDonald...(sauf si y'a hamburglar, mais on le voit jamais alors qu'il est culte).
Le divin Marquis, il faisait son business, toi le divin teufeur, tu fais le tien. C'est mieux de faire sa propre route soi-même que de recevoir un prix parce qu'on a bien suivi celle des autres, qui en l'occurence a cessé d'être innovante depuis plusieurs siècles.
Je te créééée un prix pour toi?
Hurler à la Lune
Merci Kamarade. Je suis juste content d'avoir pu jouer à cache-cache avec Beigbeder dans une ambiance Lynchienne, sur une musique de Miss Kittin & the Hacker. Le reste, honnêtement, je m'en tape. J'ai décidé d'arrêter de me prendre la tête sur la reconnaissance formelle que ce bouquin recevra ou pas. Je sais que j'ai un Dieu Lovecraftien qui le kiffe - en l'occurence toi, et puis tous les potes de teletourville - ce qui me suffit amplement. C'est tout ce que je voulais en fait, que ça fasse hurler à la lune quelques créatures de la nuit. Alors wouhouuuuuuuuuuuu. La bise.
staillele
oué enfin moi je les connais bien les humains, et genre c'est quand même an achievement d'avoir un prix. Je suis sur que t'étais vert de pas l'avoir, et t'aurais eu raison. Ca sert à rien de participer si on veut pas gagner. Moi à ta place j'aurai vomi de rage au verdict. En fait non parce que ca colle pas avec mon style rangé.
Mais c'est clair que t rangé entre le De Vermiis et le Culte des Goules dans ma bibliothèque et que quand ce qui sommeille au fond des océans se réveillera tu auras un place de choix au banquet des Dieux. Tu pourras même manger les ovaires de Breillat, veinard.
Tiens, je te donne le prix Isidore Ducasse. Tu l'as bien mérité. Tu est sale, les poux te rongent, je t'aime.